Publié par Arnaud N'zassy

Pourquoi faut-il inscrire son enfant dans une bibliothèque ?

Par Arnaud N'zassy (professeur de français)

 

Arnaud N'zassy (professeur de français)

Le contexte social du Gabon n’offre pas à tous les Gabonais la possibilité de s’épanouir sur le plan culturel et sur le plan intellectuel. A Libreville, deux bibliothèques seulement permettent d’accéder au savoir par les livres : la bibliothèque de l’Institut Français du Gabon et la Bibliothèque Universitaire située dans l’enceinte de l’université Omar Bongo. Dans la seconde bibliothèque, aucun abonnement n’est requis pour consulter les livres. Il suffit d’une pièce d’identité et vous obtenez les livres demandés. Malheureusement, pour les bibliophiles, les ouvrages sont à lire sur place (vous ne pouvez donc pas emporter les bouquins chez vous). Cela constitue un sérieux handicap pour les amateurs de lecture. Par ailleurs, très peu d’activités culturelles sont organisées au sein de cette structure qui mérite d’enrichir ses programmes.

La Bibliothèque Universitaire de l'Université Omar Bongo

A l’Institut Français de Libreville, c’est un autre son de cloche. Cette institution offre à ses abonnés une quantité acceptable d’œuvres comprenant des livres ; CD-Rom ; CD de musique ; DVD ; magazines ; des journaux et l’accès à une bibliothèque numérique. Elle possède aussi une salle de cinéma qui sert également pour les spectacles. Cette bibliothèque organise régulièrement des événements liés à la culture ou à la science. C’est précisément ce qui nous intéresse, car une bibliothèque n’est pas seulement un ensemble de livres exposés ici et là, mais aussi un lieu de rencontre.

Il n’y a sans doute pas mieux que les rencontres pour enrichir sa culture. La bibliothèque est donc une aventure où vous pouvez rencontrer des écrivains, des peintres, des cinéastes, des scientifiques, des dessinateurs, des danseurs, des conteurs, des chercheurs, etc. Les spectacles, les expositions et les conférences constituent de véritables sources d’enrichissement culturel suscitant parfois des vocations chez les plus jeunes.

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L'Institut Français du Gabon (Libreville)

Inscrire son enfant dans une bibliothèque comme l’Institut Français du Gabon est un pas de plus vers le monde : c’est une découverte de soi et de l’autre. Autrefois, on l’appelait Centre Culturel Français. Cette ancienne appellation résumait très bien l’idée exacte que je me faisais de ce lieu : un centre culturel.

De nos jours, que peut bien faire un enfant dont la culture est très limitée ? Ma propre expérience m’a permis de comprendre la nécessité de fréquenter très tôt une bibliothèque. Inscrit depuis le primaire dans une bibliothèque, je suis arrivé à l’université avec un nombre incalculable de références (en littérature, philosophie, science, musique, dessin, peinture, religion, psychologie, anthropologie, sociologie, sans compter les curiosités difficiles à ranger dans un domaine). J’achetais des livres dès que je trouvais un peu d’argent et étais par conséquent toujours fauché. Le livre était ma drogue. Voyant l’intérêt que je portais à la lecture, mon professeur de français, monsieur Charlemagne Zomo - à qui je rends hommage - me fit participer au Prix Nyonda en classe de 2nd LE pour le compte du Lycée Jean Hilaire Aubame Eyeghé. Dans ce concours, deux livres ont particulièrement marqué le lycéen que j’étais : Merci l’artiste d’Isaïe Biton Koulibaly (écrivain ivoirien) et Une Blanche dans le noir de Jean-Roger Essomba (écrivain camerounais).

Quand je suis arrivé à l’université, je savais comment trouver les œuvres demandées par mes enseignants. Ce qui n’était pas le cas de certains camarades dont l’entrée à l’université correspondait à leur première inscription dans une bibliothèque. Ils avaient fait tout leur cursus primaire et secondaire sans fréquenter une bibliothèque. Non seulement ils ne savaient pas toujours où trouver les textes exigés, mais on voyait également qu’ils souffraient à l’idée de parcourir un livre de 300 ou 400 pages. Ils n’en avaient tout simplement pas l’habitude. En outre, un problème de transdisciplinarité se posait également : ils étaient complètement perdus lorsqu’il fallait associer la littérature à des disciplines comme la philosophie, la psychologie, la peinture, la musique où la sculpture. Est-il vraiment possible d’étudier le romantisme en littérature sans évoquer Francisco de Goya, William Blake, Caspar Friedrich, Eugène Delacroix, Franz Schubert, Niccolò Paganini ? Ils manquaient tout simplement de culture.

Dans son livre, intitulé Comment acquérir une bonne culture générale, Nanon Gardin parle d’un professeur d’informatique (Bruno Lussato) qui commençait toujours son cours dans une école d’ingénierie par la phrase suivante : « Si vous ne voulez pas plafonner, lisez Shakespeare. » Prononcer une tel discours dans une école de science semble être une aberration. L’auteure conclut : « Pour ‟ ne pas plafonner ”, il faut lire Shakespeare, ou Molière, ou écouter de la musique classique. En d’autres termes, seuls deviendront créatifs ceux dont le savoir technique s’enracinera dans une vraie culture générale. » En somme, même un élève ou un étudiant en étude scientifique a besoin de culture générale s’il veut apporter quelque chose de nouveau dans la société. Il a besoin de s’évader pour créer.

Albert Einstein jouant du violon

Ma petite expérience d’enseignant m’a souvent fait constater l’inculture dangereuse de nos élèves. Dans une classe de première scientifique, je pose la question suivante : « Qui peut me réciter le poème d’un auteur gabonais ? » Personne ne peut le faire. Les élèves me disent que la poésie n’est pas utile pour eux puisqu’ils étudient les sciences. Je ne suis pas tellement surpris par leur réponse, et je décide d’ajouter une dernière interrogation : « Qui peut alors me parler d’Albert Einstein puisque vous étudiez les sciences ? » Ils sont encore incapables de le faire. Quelles raisons pouvaient-ils me servir cette fois ? Dans tous les cas, un doigt accusateur était pointé sur l’absence des bibliothèques. Pour les élèves de la capitale gabonaise (Libreville), cette justification ne tient évidemment pas la route. Mais à l’intérieur du pays, le problème se pose avec acuité.

Dans une province comme celle du Moyen-Ogooué par exemple, vous constaterez qu’il n’y a pas de bibliothèque dans la charmante ville de Ndjolé. Quel peut bien être le niveau de culture d’un élève qui a fait tout son cursus scolaire jusqu’à l’obtention du baccalauréat dans cette ville ? Est-il juste de reprocher à ce futur étudiant de manquer de culture ? Ce futur étudiant sera-t-il compétitif lorsqu’il s’agira de passer des concours pour les grandes écoles ou des universités étrangères comme le font beaucoup de bacheliers ? Le cas de Ndjolé n’est pas isolé : d’autres villes du Gabon présentent les mêmes problèmes. Certaines communes se battent pour avoir le minimum et aider les apprenants. C’est une démarche qu’il faut encourager, car c’est le devoir de nos élus locaux de créer et d’entretenir les bibliothèques. Investissons dans les bibliothèques municipales.

 

La bibliothèque Imya de Mme Sylvie Meviane à Port-Gentil.
La bibliothèque Imya de Mme Sylvie Meviane à Port-Gentil.
La bibliothèque Imya de Mme Sylvie Meviane à Port-Gentil.
La bibliothèque Imya de Mme Sylvie Meviane à Port-Gentil.
La bibliothèque Imya de Mme Sylvie Meviane à Port-Gentil.
La bibliothèque Imya de Mme Sylvie Meviane à Port-Gentil.
La bibliothèque Imya de Mme Sylvie Meviane à Port-Gentil.
La bibliothèque Imya de Mme Sylvie Meviane à Port-Gentil.
La bibliothèque Imya de Mme Sylvie Meviane à Port-Gentil.
La bibliothèque Imya de Mme Sylvie Meviane à Port-Gentil.

La bibliothèque Imya de Mme Sylvie Meviane à Port-Gentil.

Comme on le voit, la bibliothèque n’est pas seulement ce lieu où nous empruntons des livres, mais un lieu de culture et de rencontre. C’est la raison pour laquelle nous recommandons aux parents d’inscrire leurs enfants dans une bibliothèque comme celle de l’Institut Français de Libreville. Cette solution n’est valable que pour les communes de Libreville, d’Owendo, d’Akanda et peut-être Ntoum. Pour les populations des autres provinces, il faudrait impérativement réfléchir à d’autres solutions. Le cas de Port-Gentil, avec la bibliothèque Imya de madame Sylvie Meviane, est un bel exemple d’initiative citoyenne qui mérite le soutien de la municipalité de cette ville. Chacun peut apporter sa pierre à l’édification de notre jeunesse. L’Etat doit accompagner ces initiatives.

Ce qui est dit ici pour le cas du Gabon, est aussi valable pour les autres pays africains. Le problème des bibliothèques en Afrique est un chantier immense.

 

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