Publié par Arnaud N'zassy

Faut-il interdire les téléphones portables dans les collèges et les lycées du Gabon ?

Par Arnaud N'zassy

Beaucoup de proviseurs interdisent l’accès des téléphones dans l’enceinte des lycées publics. Cela crée des tensions entre les élèves et les membres de l’administration qui confisquent ou qui détruisent ces téléphones. Rappelons tout d’abord que le téléphone est neutre : son utilisation dépend de l’éducation de son propriétaire. Ce n’est donc pas la faute du téléphone portable si un élève filme son professeur qui dort en classe.

Arnaud N'zassy

Dans certains établissements, les élèves ont parfois filmé des professeurs dans des postures indélicates. Un professeur dormait régulièrement en classe. Les élèves se plaignaient de ce comportement auprès de l’administration qui doutait des faits reprochés à l'enseignant. Parfois, le même professeur se contentait de manger son sandwich au lieu de transmettre le savoir. Un élève a eu la malicieuse idée de filmer cet enseignant qui dormait comme un loir sur son bureau. La vidéo a fait le tour du lycée. C’est seulement à ce moment que l’enseignant a été interpellé par l’administration dudit lycée.

Il n’y a pas que les comportements des professeurs ou des membres de l’administration qui ont fait l’objet de vidéos scandaleuses. Les élèves eux-mêmes, filment des scènes de violence (rixes entre élèves), des ventes de stupéfiants et des dépravations sexuelles au sein des lycées. Ces vidéos que l’on retrouve dans de nombreux pays ont permis de rappeler les uns et les autres à l’ordre.

Est-ce pour ces raisons qu’il faut interdire les téléphones dans les collèges et les lycées ?

Quand un problème est posé, il ne faut pas oublier de le contextualiser. Les élèves ne sont ni des détectives ni des paparazzis. Dans le contexte qui est le nôtre (celui du Gabon), interdire les téléphones dans nos établissements peut causer bien de préjudices.

Commençons par préciser que de nombreux élèves passent des journées entières dans les lycées. Le problème des classes insuffisantes pousse les chefs de nos établissements publics à adopter des emplois du temps qui obligent les élèves à suivre des cours en matinée et en après-midi. Un élève peut avoir cours de 7h 30mn à 9h 10mn, puis, se soumet à une longue pause pour reprendre les enseignements à 14h ou 15h, et terminer à 17 h. Même quand son domicile est proche du lycée (ce qui n’est pas toujours le cas), l’élève choisit souvent de rester dans l’établissement. Que fait-il alors entre 9h 10mn et 15 heures ? Fait-il des recherches ? Comment s’y prend-il ? Vous me direz qu’il dispose de la bibliothèque du lycée ou de la salle d’informatique. Pourtant, ce n’est pas dans tous les lycées que nous trouvons ces dispositifs. Les élèves sont trop souvent parqués dans une salle pour attendre le prochain cours. Ils ne peuvent pas faire des recherches parce qu’ils sont privés de leur téléphone.

Ensuite, beaucoup d’élèves vivent seuls. Un écolier de Fougamou peut obtenir son entrée en sixième dans la ville de Mbigou, et inversement, pour un problème de série, un élève de Mbigou peut se retrouver au lycée technique de Fougamou. Le téléphone demeure le seul moyen permettant d’établir un lien régulier entre les parents et cet élève. Comment ce dernier va-t-il s’arranger, s’il doit passer une journée entière au lycée sans son moyen de communication ? Vous me direz qu’il peut le laisser chez lui. Parfois, ces élèves louent une chambre non sécurisée à deux ou trois. Dans ce contexte, la disparition des téléphones portables est monnaie courante. L’élève est donc obligé de garder son téléphone sur lui. Evidemment, ceux qui n’ont jamais enseigné dans le Gabon profond ne comprendront peut-être pas cette réalité. Il faut parfois se retrouver en face de ces vérités pour comprendre l’importance du téléphone, dans le sac ou la poche d’un élève au sein de son établissement.

Enfin, soulignons que l’interdiction des téléphones dans les lycées ne règle pas le problème de son emploi. Rares, sont les établissements qui organisent des séminaires ou des cours, pour montrer aux élèves comment employer internet à des fins éducatives. Nous devons leur montrer où trouver des sites scolaires, éducatifs. Nous devons leur montrer comment utiliser les téléphones portables pour enrichir leurs cours de mathématiques, d’histoire, d’anglais, etc. Quel établissement le fait ? Or, nous condamnons systématiquement. Il y a des années, j’ai mis en place un club de « Littérature et Ecriture » avec l’aide d’un censeur vie scolaire. Le téléphone portable n’était pas très stigmatisé à cette époque. Nous devions étudier une ballade du poète François Villon, intitulée « Ballades des dames du temps jadis… », chantée avec succès par Georges Brassens. J’avais apporté ma guitare. Cependant, nous étions confrontés à un problème de documentation et de temps. J’ai proposé aux participants d’activer la fonction Bluetooth du téléphone pour le partage du texte. Nous avons pu travailler avec sérénité sur la notion de ballade, les caractéristiques, le caractère poétique et musical de ce poème. J’ai interprété cette ballade à la guitare. Les téléphones ont été très utiles dans cette séance. Voici une illustration du téléphone portable véritablement rentable.

Supprimer l’accès des téléphones portables dans les établissements n’est pas une solution, mais un retard de plus, que nous accusons face au défi de la mondialisation. A mon avis, il ne faut pas interdire les téléphones portables, mais, montrer aux élèves comment les utiliser intelligemment. Nous avons le devoir d’orienter nos apprenants sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC).

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