Publié par Arnaud N'zassy

A qui profite la paupérisation des artistes gabonais ?

 

Arnaud N'zassy

Nous étions encore très jeunes quand les artistes gabonais pleuraient les droits d’auteur au Gabon. Nous sommes allés au lycée avec le même cortège de supplications pour les droits d’auteur. Nous sommes rentrés à l’université avec les cris rythmés des artistes pour les droits d’auteur. Nous sommes désormais en train de vieillir et toujours pas de droits d’auteur pour les artistes Gabonais. Plus de trente ans que les artistes gabonais demandent les droits d’auteur au Gabon. Pourquoi ?

Quel est le statut juridique de l’artiste au Gabon ? L’artiste gabonais est-il inscrit à la sécurité sociale ? Peut-il prendre sa retraite au Gabon comme un salarié ? Le statut d’artiste gabonais peut-il permettre d’emprunter auprès d’une banque ?

Tout se passe comme si le ministère de la culture du Gabon était absent pendant tout ce temps. Cela fait donc plus de trente ans que nous n’avons pas de ministère de la culture au Gabon. Comment ne pas arriver à cette conclusion ? Plus de trente ans maintenant que les artistes gabonais vivent comme des mendiants : suppliant ici et là pour avoir la pitance ; jouant les seconds rôles pour valoriser la scène des artistes étrangers.

Les artistes, mieux que les footballeurs - je me permets cette comparaison - représentent la culture de notre terroir. Un artiste est un ambassadeur de la culture de son pays. Rappelons quand même que le football représente la culture anglaise. Quand l’équipe gabonaise joue magnifiquement sur un terrain de football, c’est d’abord la culture anglaise qui est honorée. Lorsque nous rapportons des médailles en judo, c’est d’abord la culture japonaise qui est honorée. Lorsque nous faisons de belle prestations en taekwondo, c’est d’abord la culture sud-coréenne qui est honorée. Derrière tous ces jeux, il y a d’abord une suprématie culturelle. C’est peut-être la raison pour laquelle les Américains ont décidé de créer le football américain au lieu de continuer de valoriser la culture anglaise comme les Africains savent si bien le faire.

En bon mélomane, lorsque nous écoutons Bob Marley, ce n’est pas la culture gabonaise. Le reggae appartient d’abord aux Jamaïcains. Mais, en chantant dans nos langues locales (éshira, fang, omyéné…), Didier Dekokaye  valorise notre culture. Il en est de même pour le hip-hop gabonais où nos langues sont régulièrement célébrées. En l’absence d’une école nationale consacrée à nos langues, ces artistes revêtent admirablement le rôle d’ambassadeur culturel en maintenant vivant notre vaste patrimoine linguistique.

Didier Dékokaye

Contrairement à ce que beaucoup de Gabonais s’imaginent, parler d’artistes ne concerne pas que les musiciens. Il s’agit aussi des humoristes ; danseurs ; instrumentistes (joueur de harpe et d’autres instruments locaux) ; des sculpteurs ; des photographes ; des peintres ; des dessinateurs ; des acteurs ; des écrivains ; des paroliers ; des illustrateurs ; des scénaristes ; etc. Tous ces artistes ne méritent-ils pas d’être respectés au Gabon ? Ne méritent-ils pas de vivre de leur art ? Quels crimes ont-ils commis ? Plus de trente ans que les artistes gabonais vivent comme des miséreux et terminent leur carrière sans retraite ni sécurité sociale. De qui se moque-t-on ?

Quelqu’un m’a demandé pourquoi les artistes gabonais ne faisaient pas de dons pour lutter contre la pandémie du COVID-19. Cette question m’a profondément choqué. Il y a des Gabonais qui ne comprennent pas les efforts surhumains que font nos artistes - sans droits d’auteur – pour nous apporter beaucoup de joie et valoriser notre culture. Beaucoup donnent des prestations artistiques gratuites sur internet (toujours sans droits d’auteur) depuis le début de la pandémie. Voulez-vous l’argent des artistes gabonais ? C’est très bien ! Commencez par réclamer les droits d’auteur pour ces fils et filles du pays.

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A qui profite la paupérisation des artistes gabonais ?

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