Publié par Arnaud N'zassy

Le harcèlement sexuel dans les établissements scolaires au Gabon.

 

Arnaud N'zassy

Combien de jeunes filles ont quitté l’école primaire parce qu’elles étaient harcelées sexuellement par un instituteur ? Combien de collégiennes et de lycéennes ont quitté les établissements à cause du harcèlement sexuel ? Combien d’étudiantes ont changé de département ou ont simplement quitté l’université à cause du harcèlement sexuel ? Les jeunes filles sont-elles suffisamment protégées au Gabon ? Combien de parents sont restés choqués par ce comportement de certains enseignants ? 

A l’heure ou parler du décrochage scolaire est à la mode, personne ne semble vouloir insister sur le harcèlement sexuel, or ce phénomène est un tueur silencieux. Un phénomène qui a perturbé la vie scolaire de nombreuses jeunes filles. Une dame me disait qu’elle avait croisé son instituteur de la classe de CM2 et qu’elle l’avait regardé fixement avant de passer sans le saluer. J’étais surpris. Pourquoi refuser de saluer son enseignant ? Elle m’explique alors que c’était à cause de lui qu’elle avait abandonné l’école primaire. L’enseignant la harcelait quotidiennement. Il lui demandait de passer sur son lit. Il trouvait régulièrement des prétextes pour la punir et la frapper tout en précisant qu’elle savait quoi faire pour arrêter cela. Au comble de la souffrance, l’enfant a dû quitter l’école pour avoir la paix. C’était la seule école de son village : elle n’a plus jamais poursuivi sa scolarité.

Dans les lycées et collèges, le harcèlement sexuel est aussi présent, peut-être même trop. Combien d’enseignants s’acharnent chaque année sur des jeunes élèves sous le silence complice des proviseurs quand ces derniers ne sont pas eux-mêmes les principaux harceleurs ? Certains lycées et collèges sont devenus le lieu privilégié des prédateurs sexuels devenus enseignants par la force du diplôme (qu’ils ne manquent d’ailleurs pas d’agiter à la moindre remarque). On peut se demander pourquoi ces jeunes filles ne dénoncent pas systématiquement leurs bourreaux. Les raisons sont nombreuses.

Il faut comprendre que les sujets relatifs au sexe sont encore tabous dans de nombreuses familles gabonaises. Les élèves qui sont harcelées ont parfois honte d’en parler aux parents. D’autres, pensent qu’elles sont peut-être fautives et qu’elles ont provoqué cette situation. Ensuite, vers qui se tourner ? Il paraît que le professeur a toujours raison.

Certains responsables d’établissement se battent contre ces pratiques. Mais, sont très vite débordés par le phénomène. Comment rédiger un rapport sur le seul enseignant de mathématiques du collège quand on a fait deux ans sans professeur dans cette discipline ? Le chef d’établissement décide alors de sensibiliser plutôt que de dénoncer. Ho, combien il est difficile de sensibiliser un loup !

A l’université, certains professeurs sont puissants : ils font la pluie et le beau temps (c’est aussi cela la franchise universitaire). Combien d’étudiantes ont changé de département à cause du harcèlement sexuel ? Combien ont abandonné leur parcours universitaire pour avoir refusé de fréquenter le lit d’un professeur ? Que font les universités gabonaises pour lutter contre ce harcèlement sexuel ?

C’est un devoir pour l’Etat de donner aux apprenants et aux parents les informations nécessaires pour lutter contre ce comportement criminel de certains enseignants. Autrement dit, mettre à la disposition des apprenants et des parents des prospectus montrant les démarches légales à suivre pour dénoncer ce comportement et le condamner. Il est aussi possible d’ouvrir un chapitre sur cette question dans le règlement intérieur des établissements afin d’informer les apprenants et les parents quant aux démarches à suivre face au harcèlement sexuel.

Aujourd’hui, il devient impérieux de protéger le parcours scolaire de nos jeunes filles. Le harcèlement sexuel doit être fermement combattu à travers des lois solides. Aucun enseignant ne doit tolérer le harcèlement sexuel, car il est la crème de la société, et quand la crème se putréfie, c’est toute la société qui périt.

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Le harcèlement sexuel dans les établissements scolaires au Gabon

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