Publié par Arnaud N'zassy

L'orientation scolaire dans le système éducatif gabonais : de la troisième en seconde.

Arnaud N'zassy

Un élève de passage en 2de LE est-il un élève de lettres ou un élève qui n’a pas pu se rendre en 2de S ? Que l'on soit au Lycée National Léon Mba ou au Lycée Nelson Mandela, voire au Lycée Privé de Nzeng-Ayong Fondation Mbele et au Collège Bessieux, le rôle du conseil de classe demeure capital dans l'orientation des élèves de 3e. Deux options s’offrent généralement à ces élèves : aller en 2de LE  (littéraire et économique) ou en 2de S (scientifique). En ce qui concerne l'admission en 2de S, il faut avoir de bonnes moyennes dans les matières scientifiques. Cela est logique et parfaitement normal. Que fait-on du reste ? Que deviennent ceux qui ne sont pas bons dans les sciences ? Ces derniers sont envoyés en 2de littéraire et économique.

L’économie étant enseignée à partir de la classe de 2de, il est donc impossible d’orienter ces apprenants sous la base d’une discipline inconnue en 3e. Que reste-t-il alors à ces élèves ? La littérature. Par le jeux des travaux sur la langue française (grammaire, orthographe, conjugaison, vocabulaire) et les textes littéraires (suite de texte, étude de texte, introduction au dialogue dans le récit, etc.), les jeunes apprenants ont - d’une certaine façon - amorcé la vie littéraire. Il faut ajouter à cette question l’anglais et l’espagnol, abordés en 6e et en 4e. Que doit-on faire d’un élève de 3e qui n’obtient pas de bonnes moyennes dans les matières scientifiques et qui n’obtient également rien de bon en français, en anglais et en espagnol, alors que ce dernier a obtenu une moyenne de 10,01 ?

L'élève a le droit d’aller en classe de 2de puisqu’il a obtenu une moyenne supérieure ou égale à 10. Dans quelle 2de doit-il être orienté ? Notre système éducatif s’est-il suffisamment posé la question ? Ces élèves sont envoyés en 2de  littéraire et économique alors qu’ils n’ont montré aucun intérêt pour les langues et la littérature. Ils sont donc invités à se chercher. Ils n’ont pas été envoyés 2de S parce qu’ils n’expriment aucune prouesse dans ce domaine, mais sont quand même envoyés en littérature alors qu’ils ne s’en sortent également pas de ce côté. Comment comprendre une telle orientation ? Quelles conséquences peut-on tirer ?

La première conséquence, est de retrouver des élèves qui vont continuer de se chercher jusqu’en Tle. Ils assureront le service minimum, c’est-à-dire, obtenir une moyenne de 10 pour passer en classe supérieure. Vous pouvez donc retrouver en Tle A1 des élèves qui ne comprennent pas l’anglais, l’espagnol, s’expriment très mal en français, se noient dans les mathématiques et  sont perdus en philosophie.

Alors, ne faut-il pas songer à une troisième, et même une quatrième orientation ? Et s'il fallait commencer l’économie en classe de 3e pour que cette discipline soit également prise en compte dans les critères d'orientation ? Que dire de l'orientation en seconde technique ou professionnelle ? Rappelons que l’accès en seconde technique fait l’objet d’un concours (ce qui me paraît absurde dans une économie qui a implacablement besoin de techniciens et d'employés qualifiés).

A l’heure de la mondialisation et de la compétition acharnée au développement, il devient impérieux de bien orienter nos apprenants. Une réflexion s'impose dans ce domaine.

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Livre de Arnaud N'zassy :

L'orientation scolaire dans le système éducatif gabonais : de la troisième en seconde

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Steci MEBA 18/08/2020 19:34

Vous soulevez ici une question primordiale sur l'orientation scolaire de nos apprenants et l'absurdité de l'existence d'un concours pour accéder à l'enseignement technique.

Il est donc nécessaire de penser à un système éducatif qui répond à nos attentes en répondant à la question que voulons nous (Dirigeants) atteindre dans 10 ans ?

Il est très facile d'aborder ce questionnement à cause de ce que c'est ce même parti politique qui gardera les reines de ce pays en 2023 (je ne me fais pas prophète, mais).

Revoir le système d'orientation implique la prise en compte d'autres critères lesquels conduiront inéluctablement à la prévision d'une dépense.

Peut-on espérer ce pays engranger de tels moyens pour se tailler une main d'œuvre (la finalité de l'éducation) d'abord à la mesure de ses ambitions ?

Je ne le pense pas car une vision claire de l'éducation claire de nos enfants n'est point perceptible de la part non seulement de nos dirigeants mais également des hommes de terrain que nous sommes.

Arnaud N'zassy 18/08/2020 20:24

Le problème réside peut-être aussi dans notre incapacité à protéger les acquis en matière d'éducation au Gabon et à progresser positivement. Cela fait des années que le système éducatif du Gabon régresse, alors que dans le même temps, chaque ministre du secteur arrive avec une nouvelle promesse (pour ne pas dire un nouveau recul). En gros, nous avançons de deux pas et reculons de six. Qu'est-ce que nous n'avons plus aujourd'hui ? Avec les promesses de nos multiples ministres de l'Education nationale du Gabon, nous avons perdu beaucoup de choses : les bus scolaires ; les bourses pour les élèves et les étudiants (tous) ; le campus universitaire ; les internats ; l'aide au transport pour les nouveaux affectés en province (qui n'existe plus que de nom) ; les vacations qui font désormais l'objet d'un bras de fer pour être payées... Nous avons une part de responsabilité dans cette déchéance. L'enseignant a-t-il toujours joué sa partition (entre une, deux trahisons et quelques nominations) ? Nous devons peut-être commencer par retrouver les acquis perdus et avancer. L'espoir doit demeurer pour nos apprenants, pour notre progéniture.