Publié par Arnaud N'zassy

          La poésie c'est de l'eau : elle échappe aux mains du temps

 Par Arnaud N'zassy (professeur de français)

 

Arnaud N'zassy (professeur de français)

          Il est bien loin le temps où Platon voulut mettre les poètes hors de la cité. Depuis, et bien avant les projets de ce dernier, la poésie avait su se frayer de nombreux chemins, se métamorphosant, s’adaptant aux séismes littéraires, servant de multiples causes, causant de multiples servitudes, échappant inlassablement aux mains du temps. Aujourd’hui, pendant que certains la croient morte, elle trouve le moyen de se faufiler dans d'autres arts. Elle compose avec la musique. Est portée en croupe par le cinéma. Elle est partout, profitant des moyens que le temps moderne met à la disposition des hommes. Contrairement à ce que l’on pense, c’est le genre littéraire qui a réussi avec brio à se fondre dans le monde contemporain. Il est en effet difficile de compter les sites internet et les blogs qui lui consacrent une large diffusion. Mieux que l’internet et la télévision, elle a construit un lit douillet au cœur de la cité, parmi les jeunes, à travers le slam.

         

          DSC 0690Dans les grandes métropoles, on n’est plus surpris de croiser des jeunes qui se  regroupent pour faire des déclamations. Des jeunes qui jouent avec les mots, avec la langue. Certains sont si excellents qu’on est transporté vers un univers sublime, vers un monde léger, vers la Source. D’autres – il faut le reconnaitre – manquent de profondeur. Cette profondeur dont parle Friedrich Nietzsche[1]. Beaucoup cependant sont d’un talent inouï : ils valsent si bien avec les mots, qu’on en vient à penser aux grands maîtres de l’Oulipo. Dans le poème que nous vous proposons, Oli – J nous amène dans la danse des mots et des sons. Un formidable exercice de style. Pour ceux qui penseront que la langue de ce texte n’est pas très soignée, nous leur conseillons de lire Zazie dans le métro (un vrai chef-d’œuvre de Raymond Queneau). Il faut, comme Georges Brassens, être assis dans tous les registres de la langue. C’est ainsi que le poète devient un magicien du langage. Par ailleurs, on oublie parfois que la poésie a aussi un côté ludique. Oui, un jeu. Il suffit de penser à la contrepèterie, à l’acrostiche, et à la redoutable épigramme... Suspendons ici notre propos et laissons parler Oli – J.            

 

 

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Corps et sort

(par Olivier Ngomo Nzang dit Oli-J)

 

Moi je connais le corps humain et son anatomie

Sa bouche, son nez, ses yeux, ses jambes, ses mains et son sexe aussi

Voici un organe en apparence simple à comprendre

En réalité le corps est un mot, un organe très complexe

Y a des corpulents et des corpuscules

Puis y a des corps anorexiques et des corps qui brûlent.

Y a des corps solides et des sacrés coriaces

Puis y a des corps gazeux et des corps qui glacent

Parfois les accords du cor ne concordent pas avec les notes du corniste

Mais là encore, il s’agit d’une autre sorte de corps complexe.

Maintenant tu comprends la difficulté qu’il y a à décortiquer le corps de ce mot

Moi mon corps n’est carrément pas homologué et au milieu de ce récit,

Je m’arrête un instant… Pour contempler le décor.

 

 

A côté du corps la vie te parlera du sort

On dit que c’est parfois la conséquence d’un acte commis

C’est bien souvent la vie que le ciel nous a promis

En quelque sorte si mon corps porte des cornes, des corps étrangers

Ou qu’hors de moi des corps s’échauffent sous la cordillère ben

C’est le sort

Y a des corrections qui foutent la prof hors d’elle

Et des incorrigibles au scolaire qu’on dresse à la correctionnelle

A tort où à raison le sort se manifeste sur les corps matériels

Y a des sorts magiques et des sorts tragiques

Puis y a des sorciers et des sordidités

Y a des vendeurs de corps et des jeteurs de sorts

Donc y a des corps en danger face aux sortilèges

Puis y a le corbillard et son cortège

La dernière escorte toujours funèbre

Mais la vie c’est pas que la consternation

Car y a la chorale et ses choristes, le cornettiste et sa muse

Puis y a les décibels au cœur de la corrélation du cornemuseur et sa cornemuse

Si y a des corps célèbres, moi je connais des corps célestes qui ont

Correctement confirmés les données incorrectes d’un certain corps de science

Mais là encore, il s’agit d’une autre sorte de corps complexe.

Maintenant tu comprends la difficulté qu’il y a à décortiquer le corps de ce mot

Moi mon corps n’est carrément pas homologué et au milieu de ce récit,

Je m’arrête un instant… Pour contempler le décor.

 

 

Y a des correspondances par courriel à cause de l’essor industriel

Des corrosifs qui détériorent la terre

C’est l’industrie et ses corollaires, puis y a des consortiums,

Des corporations, des incorporations et y a la joie de l’incorporé

Après une décoration pour service rendu au corps.

Mais y a des corps lessivés par la corvée,

Les courbettes et le travail corsé

Y a des corps physiques et des incorporels

Y a des cordialités et des corps qui ensorcellent

Des corps sensoriels, des corps qui impressionnent

Mi Amor il est à toi ce coràzon

Puis y a des scores lourds, des records que le sport corrobore

Y a des corps mort qui gonflent les ports

Puis y a des corrompus et consort

Des corbeaux qui se remplissent la corbeille

Et des sornettes qui bercent nos oreilles

Mais là encore, il s’agit d’une autre sorte de corps complexe.

Maintenant tu comprends la difficulté qu’il y a à décortiquer le corps de ce mot

Moi mon corps n’est carrément pas homologué et au milieu de ce récit,

Je m’arrête un instant… Pour contempler le décor.

 

 

Si tu vis dans la street, tu sais qu’il y a des corps faibles

Et des hardcores, des soricidés et des soirées qui finissent au corps à corps

Y a aussi plus de substances illicites que d’anticorps

Des discordes et aussi des remords

Y a des corps sans vie dans le décor de la street

Et des corsaires à chaque sortie, si tu veux pas chuter

Soit fort ou paies-toi des ressorts.

Mais le sort est généreux car y a des corps ambitieux

Comme la Sorbonne ou le cordon-bleu

Mais là encore, il s’agit d’une autre sorte de corps complexe.

Maintenant tu comprends la difficulté qu’il y a à décortiquer le corps de ce mot

Moi mon corps n’est carrément pas homologué et à la fin de ce récit,

Je m’arrête un instant… Pour contempler le décor.

 

          Ce jeune poète qui a participé au concours de slam, organisé à Libreville par l’AUF le 8 juillet 2011 à l’occasion de son cinquantième anniversaire, peut être considéré comme l’avenir de la poésie gabonaise. Que chacun essaie de faire le même exercice avec deux mots différents, dans le langage qui est le sien. Bon courage !

 

 

Copyright © 2011. Arnaud N’ZASSY. Tous droits réservés !


[1] Dans Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche montre que beaucoup de poètes pèchent par leur manque de profondeur. Autrement dit, ils ne s’élèvent pas suffisamment par l’amour et la sagesse, et donnent trop souvent à leur public un faut visage de la Beauté, du Sublime. N’ayant pas atteint le sommet de la montagne, ils ne peuvent pas le décrire, le faire vibrer en eux. Ils dépeignent donc aux ignorants la vallée dans laquelle ils se trouvent, feignant d’être sur la montagne.     

La poésie c'est de l'eau : elle échappe aux mains du temps

Savoir Gabon

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NDONG AKWE 20/12/2017 18:41

J'aime tous ceci. Je suis un jeune gabonais qui aime la littérature et je suis entrain d'écrire un livre intituler: J'ai fini par détesté cette vie. Si je vous écris aujourd'hui s'est par ce que j'ai vraiment besoin des conseils des aînés dans ce domaine...Je me suis arrêter en classe de première A1 du aux problèmes de santés et faute de moyen. Je ne sais pas si cela peut m’empêcher de devenir un écrivain dans se pays car écrire a toujours été ma passion...Que celui qui me répond...Je vous remercie.

Arnaud N'zassy 14/05/2020 15:13

Rien ne peut vous empêcher d'écrire. L'écriture n'est pas conditionnée par l'obtention du baccalauréat. Vous pouvez donc écrire. J'espère que votre projet a avancé.

cure for snoring 27/01/2014 13:06

I am person interested in literature and art of various forms. I mostly try to translate literature of other language just to get the essence of it. Anyway thanks a lot for the share. I appreciate your hard work.

A. N'zassy 30/05/2014 12:19

Thank you.

donnald nzigou nzigou 02/03/2012 12:16

Formidable,emportant,j'espere qu'il a eu le prémier prix et qu'il continuera dans le sens.

Arnaud N'zassy 21/03/2012 12:41



Bonjour Donald,


Nous souhaitons comme vous le voir continuer dans ce sens. Merci encore.


Arnaud N'zassy 



DADARD777 19/08/2011 14:58


bien le bonjour monsieur N'ZASSY, je suis très ravis de voir que nous jeunes étudiants nous prenons en main l'avenir de notre littérature, aussi par le biais de ce blog j'invite tous les amoureux
des lettres de s'y inscrire afin de partager leur savoir en la matière, mes félicitations! pour ce qui est du texte d'oli-j. c'est un très beau texte même s'il est un peu viellissant, qu'à cela ne
tienne, je souhaiterais dire à mon frangin NNBH s'il a du temps,d'assister à certains ateliers de slam organiser soit par le vox populi ou eyo slam clan, car en vérité chaque collectif de slam à
son style d'écriture, et de déclamation, par exemple pour le premier citer, on reconnait un style assez engager contre les politiques dans le style d'écriture et une force dynamique dans la
performance et la diction. en ce qui concerne le Nyabinghi par exemple, on reconnait un certain engagement mais surtout un un style d'écriture où les thématique traitent un plus de tradition
mystico-spirituelle. il y a quelque temps cette remarques aurait eut sa place car tous les slammeurs s'abreuvaient aux ateliers d'un seul collectif mais maintenant, il existe plusieurs collectif
avec plusieurs slammeur chacun présentant son originalité on peut prendre le cas du Wise qui évolue en individuel dans un style argot propre au Gabon, le Tolibangando (parler des jeunes gabonais.
dans tous les cas, le slam gabonais prend de l'envole, peut-être avec beaucoup de difficultés mais ça pourrait aller. SLAMICALEMENT!!!
DADARD777 le tradislammeur.


Arnaud N'zassy 14/11/2011 14:34



Bonjour Dadard,


L'équipe de Littérature Gabonaise vous souhaite la bienvenue sur le blog de la littérature gabonaise et vous remercie pour les informations données sur les différents groupes qui
fondent la poésie "urbaine" librevilloise. Une étude ultérieure nous permettra d'en savoir plus sur ces groupes. Bien cordialement.


Arnaud N'zassy 


 



NNBH. 22/07/2011 19:03


Arnaud ton initiative est vraiment à louer. C’est un plaisir de lire les textes que tu postes.
Oli-j a sans conteste du talent, un beau jeu de mot, beaucoup d’imagination.
Mais y a une chose que je trouve vraiment désagréable, l’impression du déjà entendu, ôte un peu de constistance à ce texte.
Il y a deux ans, je me disais à chaque sortie d’un spectacle de slam au ccf : « le slameurs gabonais déclament tous de la même voix ». Même rythme, même style, bref, une impression du même que je
trouvais vraiment désagréable à long terme.
Maintenant c’est ‘’ailleurs’’ qu’ils vont puiser leur inspiration. C’est vraiment désespérant.


Arnaud N'zassy 23/07/2011 01:23



Bonjour NNBH,


Je sais que tu as une grande passion pour les Lettres et la littérature gabonaise. Ton analyse est bien fondée. Cela montre que tu suis très bien les activités du champ littéraire
gabonais. Notre poète avait plusieurs textes récents, mais j'ai choisi celui que j'avais écouté il y a maintenant deux ans. C'est la raison pour laquelle tu as eu le sentiment d'avoir déjà
entendu cela. Ce n'est pas la faute du poète. C'est la mienne. J'ai voulu prendre le texte grâce auquel j'ai découvert Oli-J. La première fois que j'ai écouté ce texte (il y a 2 ans),
j'étais impressionné par la jeunesse du poète. Il était jeune, mais jonglait si bien avec les mots que je demeurais stupéfait. Nous aurons l'occasion de découvrir ces textes les plus récents.
Merci encore pour ton analyse. Très cordialement.


Arnaud N'zassy



Eedriss 22/07/2011 17:59


salut M. NZassy, j'ai bien aimé l'introduction de l'article, et je suis ravi qu'il y a des personnes qui accordent encore de l'importance à la poésie (classique ou urbaine) et à toute forme d'art.
Yo Oli-j continue à me faire marrer avec tes vers. pour qu'à jamais vive le slam déclame ton slam.


Arnaud N'zassy 23/07/2011 02:21



Bonjour Eedriss,


Il existe trois grands domaines qui ponctuent la vie de l'homme : la science (mathématique, physique, biologie, chimie,etc.), l'art (littérature, peinture, cinéma, musique, etc.) et la religion
(l'exotérisme et l'ésotérisme). Je pense que tout homme équilibré doit s'intéresser à ces trois domaines. C'est pour cette raison qu'Albert Einstein est pour moi l'exemple de
l'homme équilibré. Car, faire la physique ne l'a pas empêché de jouer du violon et d'avoir foi en Dieu. C'est ainsi que je perçois le savant et l'intellectuel. Je souhaite
cette ouverture d'esprit pour mes lecteurs. Merci encore pour tes commentaires. Très cordialement.


Arnaud N'zassy


 



gaëtan sawvu simbe 22/07/2011 15:15


je doit dire que c'est vraiment transportant un tel poême? slam ou poême franchement bravo!!!


Arnaud N'zassy 23/07/2011 04:39



Bonjour,


Voilà un mot auquel nous n'avons pas pensé. Il est vrai que ce poème est "transportant". C'est une très belle image. Merci encore pour votre contribution. Très cordialement.


Arnaud N'zassy



Moundanga 21/07/2011 15:29


bjr Arnaud
je viens juste t'encourager et te féliciter.
Bonne continuité
bye


Arnaud N'zassy 23/07/2011 04:43



Bonjour,


C'est toute l'équipe de litteraturegabonaise qui vous remercie. Bien Cordialement.


Arnaud N'zassy



Darrel EKOTTO 21/07/2011 13:14


bonjour j'ai lu avec plaisir ce poê,e d'oli-j et cet article introductif ça passe fort arnaud. il fau dire que la poésie est cet pre,ier ge,re qui couvre notre nation en nous mettant en garde des
perfides trompeurs. ces mots avec lesquels joue oli-j estime,t les mieux la vie de la poésie et ùieux que le genre à toujours toute sa valeur de reveiller l'émoi. va-cour-vol et fait nous découvrir
au jours ce qui a en toi. merci.


Arnaud N'zassy 26/07/2011 02:31



Bonjour Seigneur Darrel,


Merci de me rappeler que la poésie a encore trouvé une belle place dans nos hymnes nationaux. Elle se moque ainsi de la prose et est déclamée par des milliers de gens sur la terre.
C'est une autre de ses ruses. Merci pour ta participation. Bien cordialement.


Arnaud N'zassy