Publié par Arnaud N'zassy

 

Petit glossaire pour lire le Vitriol Bantu de Ferdinand Allogho Oke

Par Arnaud N’zassy & Valéry Bivéghe 

 

Arnaud N'zassy (professeur de français)

Pour beaucoup, l’intérêt d’un glossaire, sur un texte gabonais paraîtra sans doute inutile. Evidemment, lorsqu’on est gabonais, locuteur fang ou non, cela peut se comprendre. Mais lorsqu’on est égyptien ou chinois, et qu’on ne mettra jamais les pieds au Gabon, cela peut s’avérer très utile. De nombreux livres ont été réalisés par des lexicologues au sujet des langues du Gabon. Le lecteur passionné peut y trouver un grand nombre d'informations. Ce glossaire s’adresse d’abord au locuteur non-fang, et plus précisément aux frères des pays lointains qui tiennent le vitriol Bantu dans leurs mains. Je pense notamment aux professeurs Gérard Siary et Marie - Pierre Noël. 

Vitriol Bantu de Ferdinand Allogho-Oke

On y trouve quelques mots issus des langues romanes, qui, on le verra, apportent une once de plus-value dans l’économie générale du texte. Nous laisserons de côté la phonétique. On sait comme le montre Jean-Paul Rékanga, que le sens d’un mot dans les langues gabonaises ne tient parfois qu’à la durée relative du son. Ainsi, un mot prononcé brièvement ou avec insistance aura un sens différent dans l’un ou l’autre cas. C’est le cas du mot punu « una » (loin). Pour garder l’exemple de monsieur Rékanga, ce mot prononcé brièvement traduit un éloignement relativement petit. Prononcé avec insistance sur la deuxième syllabe « na », il traduit alors un éloignement beaucoup plus grand. Et sera traduit respectivement par « là », « là-bas ». Ces indications ont leur importance, mais elles n’intéressent pas notre glossaire.

 

Certains mots sont si courants pour les gabonais qu’ils paraîtront faire l’effet d’une surcharge inutile. Définir des mots comme woleu-ntemoise fera rire plus d’un. En réponse à cela, nous dirons une fois de plus, que ce glossaire ne concerne que ceux qui vivent très loin du Gabon, et qui découvrent à travers le langage du Vitriol Bantu, une dose infinitésimale de la très riche culture gabonaise.

 

 

Glossaire

 

 

Abakougna : Celui qui porte un masque dans une danse.

 

Adzap : Nom d’un arbre. C’est aussi le nom d’un village[1] du groupe fang.

 

Akié : Interjection. Qui exprime souvent la surprise, les situations graves ou tragiques. Ce mot obéit au contexte selon l’intonation.

 

Amoudzé : Pourquoi ?

 

Anoka : Comme-çi.

 

Anossi : Comme-ça.

 

Atah : Papa, père. Les mères appellent souvent ainsi les enfants qui portent le nom de leur père.

 

Attiéké : Mets de l’Afrique de l’ouest.

 

Awouh : La mort. Aussi transcrit « awu », ce mot peut devenir une interjection et se traduit alors par « la mort ! Que c’est dur ! C’est trop fort ! »[2].

 

Bayéboyâ : Que vont-ils faire ? Qu’allons-nous faire (selon le contexte) ?

 

Bayékévé : Où vont-ils ?

 

Buluphonie : Principe qui s’oppose ici à « vidophonie » (voir ci-dessous). Téképhonie, Fangphonie, Punuphonie, Obambaphonie, Nzébiphonie, Haoussaphonie, Bambaraphonie, Touarengphonie et Wolofphonie renvoient à la promotion des langues africaines. Ainsi, l’obambaphonie serait au même titre que la francophonie un système permettant la diffusion de la langue obamba. 

 

Ewondo : Parler fang du Cameroun (voir ntumu).

 

Fang : Langue et ethnie du nord du Gabon.

 

Folong : Légume du Gabon.

 

Gabonitude : Ce qui est propre aux gabonais : façon de s’exprimer, de se comporter, de penser le monde. Dans le recueil, il est surtout question d’identité gabonaise.

 

Gari : Aliment fait à base de manioc.

 

Kié : Interjection. Traduit ici l’étonnement et la tristesse du poète, voire l’indignation. Equivaut quelque peu aux interjections françaises « oh » et « ho ». C’est une variante du mot fang « Akié ».

 

Mbot : L’homme.

 

M’boum - mvet : Le mot est composé de « m’boum » et « mvet ». Selon le dictionnaire[3] de Samuel Galley, « m’boum », qui est transcrit « mbôm » vient du verbe « bôm » (annoncer, raconter). Le « mvet », plus connu, désigne aussi bien la harpe, que le récit épique qu’elle rythme. Enfin, m’boum-mvet désigne le diseur de mvet, le conteur du mvet. C’est en somme le conteur et l’instrument.

 

Mengorokome : Vin de maïs.

 

Messémelugu : C’est le sorcier dominant dans un village. Il s’agit d’un sorcier capable de projeter son esprit hors de son corps, effectuant ainsi une sortie astrale dans le but de nuire à son prochain, voire de le tuer. Au Gabon, ce genre de sorcier est appelé « vampireux ». Comme un vampire, il se déplace la nuit sur le plan astrale pour accomplir ses sales besognes. C’est, dit-on, la forme de sorcellerie la plus répandue au Gabon et aussi la plus détestable. 

 

Messeuki – Ebouk : Cela m’est égal (pour coller au style de F. Allogho-Oke, on est tenté de traduire cette expression par « je n’en ai rien à foutre ». Un peu grossière comme tournure, mais on reste dans le ton du texte.

 

Montauban : J’ai choisi, j’ai accepté.

 

Ndolé : Légume prisé au Cameroun.

 

Nganga - évu : Le mot « nganga » est sans doute l’un des mots les plus répandus sur le territoire gabonais. Il désigne le guérisseur, le sorcier ou tout simplement l’homme qui a des pouvoirs surnaturels. Le mot « évu » désigne un esprit qui vit dans le ventre de celui qui le porte. Dans  l’imaginaire des paysans gabonais, le ventre est considéré comme le réceptacle des pouvoirs maléfique ou bénéfique. « Nna » (l’intestin) au pluriel « miya »[4], intervient dans presque tous les rituels sacrés. L’homme doit consommer une chose censée changer sa constitution intérieure physique et spirituel. Dans le contexte du Vitriol Bantu, il s’agit surtout de pouvoirs maléfiques. Il est donc question d’un homme puissant et maléfique. Le nganga-évu peut résumer à lui seul une grande partie de l’imaginaire rustique gabonais. Par ailleurs, « évu » désigne le potentiel mystique d’un être. Dans ce cas, le Nganga-évu est celui qui permet de développer  ce pouvoir dans un but maléfique ou bénéfique.     

 

Ntumu : « Une variété de fàŋ »[5] selon P. Ondo-Mébiame. Ainsi, l’ « ewendo », le « ntumu » et l’ « okak » sont un ensemble de parler « Bantu » réuni sous l’appellation « fang ». On peut y ajouter l’ « atsi », le « nzaman », le « mvεŋ », le « mәkε », etc. Pour plus de détails sur le Ntumu, lire aussi De la phonologie à la morphologie du fang-ntumu parlé à Aboumezok (Bantu A.75) [6].

 

Okak : Parler fang (voir ntumu).

 

Ozila : Danse fang pratiquée dans les cérémonies mortuaires ou les retraits de deuil.

 

Taume - Elaune : Taume et Elaune sont des arbres. Le poète met ensemble les noms de deux arbres

 

Toubab : Le colonisateur. Le « Blanc » (avec tout ce que cela implique dans les rapports culturels Noir/Blanc comme le montre Frantz Fanon dans Peau noire masques blancs. Par extension, tous les occidentaux. Dans un sens péjoratif, le mot traduit un occidental prétentieux, doublé d’un complexe de supériorité vis-à-vis des personnes ayant une couleur de peau différente de la sienne.

 

Vidophonie : Composé du mot « vide » (absence) et « Phonie » (son), ce nom peut se traduire par absence de son. Le poète imite le terme« francophonie » pour traduire l’incapacité (vido) des Etats francophones à promouvoir leurs langues locales (phonie). La « vidophonie » c’est donc ces langues locales moribondes (et bientôt en voie d’extinction) des pays francophones qui ne trouvent pas le soutien des dirigeants africains. 

 

 

Wakeu-vé : Où vas-tu ?

 

Woleu-ntemoise : Habitante de la province du Woleu-Ntem, située dans le nord du Gabon. Femme originaire de cette province.

 

 

Copyright © Arnaud N’zassy. 2012. Tous droits réservés !

 

[1] Pierre Ondo-Mébiame, Essai sur les constituants syntaxiques du fàŋ-ntúmù,Libreville, Editions Raponda-Walker, 2008, p. 18.

[2] André Raponda Walker, Eléments de grammaire fang, Libreville, Fondation Mgr Raponda Walker, 1995, p.74.

[3] Samuel Galley, Dictionnaire fang-français et français-fang,Neuchâtel, Edition H. Messeiller, 1964.

[4]  Raponda Walker (A.), op.cit., p. 16.

[5]  Ondo-Mébiame (P.), op.cit., p. 9.

[6] Thèse de doctorat soutenue par Pierre Ondo-Mébiame à l’Université Libre de Bruxelles (1991-1992).

Petit glossaire pour lire le Vitriol Bantu de Ferdinand Allogho Oke

Savoir Gabon

Téléphone : (+241) 074 79 10 22 / (+241) 060 00 02 60

Mail : savoirgabon@yahoo.com

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

ezeme 13/03/2013 11:33

apprendre est relatif à toute civilisation. Comprendre l'écriture de son tiroir est encore mieux d'autant plus, si l'on n'appréhende pas littéralement une expression. En ce qui nous concerne cet
outil ajouter en plus du dictionnaire de langue fang, punu... est une œuvre louable. Grand bravo à l'auteur!

patricia bouanga 01/12/2012 13:49

Eh oui! Belle idée il faut le dire. Merci pour le glossaire.On en apprend des choses.

Arnaud N'zassy 10/01/2013 10:27



Merci à toi aussi Patricia.


Très cordialement.


L'équipe Littérature Gabonaise.



ekotto mouity j darrel 19/06/2012 21:38

merci à vous je pense qu'avec un tel glossaire la lecture du Vitriol Bantu est plus accessible et bien compréhensible. j'ai en manque la littérature du fait de m'être tourner vers les relations
internationales mais suis pas si loin que ça et tiens toujours la lecture pour chevet de lit

Arnaud N'zassy 16/07/2012 16:10



Bonjour Darrel,


La littérature nous accompagne où que nous allions. Elle ne concerne pas seulement les romans, mais aussi tout ce qui est livre. Pour le moment, l'équipe de Littérature Gabonaise ne parle que de
littérature dans un sens propre aux hommes de lettres. Elle va par ailleurs intégrer d'autres genres, d'autres textes pour le bon plaisir de la culture gabonaise. Merci de nous suivre. Bien
cordialement.


Le Coordinateur