Publié par Arnaud N'zassy

La dépravation des mœurs dans les lycées et les collèges du Gabon fait pleuvoir des tonnes d’invectives à l’endroit de nos jeunes collégiens et lycéens. L’indignation se généralise dans tous les domaines de la société.  Nous pouvons lire ici et là : « Ces enfants sont-ils devenus fous ? » L’indignation se répand comme une traînée de poudre jusque dans les bars supposés fermés à cause de la Covid-19. Je me réjouis de voir tout ce beau peuple ému, déconcerté par les dérives de nos enfants. Je ne parle même pas des articles de presse qui ont déferlé sur la place publique et donné l’impression que le phénomène était nouveau. Est-ce une stratégie pour vendre du papier ? Qu’à cela ne tienne, des analyses à l’emporte-pièce ont fortement occupé le terrain : le sujet était brûlant et le papier se vend bien lorsque l’on parle des affaires de sexe. On a partagé les vidéos de ces jeunes filles avec l’air indigné, saupoudré d’un soupçon de voyeurisme. La décence aurait voulu que l’on ne partageât pas les images de ces filles. Or, tout le monde sait qu’il est facile de jeter les enfants d’autrui sur la place publique, mais nous protégeons volontiers certains de nos enfants criminels en les envoyant à l’extérieur du pays – pour ne pas dire l’étranger – lorsqu’ils commettent des forfaits nettement plus condamnables devant la loi. Là n’est pas le sujet.

« Nos enfants sont-ils devenus fous ? » Non. Ils sont simplement victimes d’une société d’adultes qui brillent par le mauvais exemple. Quels exemples donnons-nous à ces jeunes qui aspirent peut-être au meilleur de la vie ?

Commençons par le milieu familial qui offre désormais très peu d’attention à ces enfants. Dans de nombreuses familles, l’éducation des enfants est confiée au poste de télévision. Il n’est pas rare de voir des parents se débarrasser des enfants en les postant devant la télé qui diffuse des programmes incontrôlés. Comme si cela ne suffisait pas, l’enfant lui-même devient maître de la télécommande et choisit les programmes qui lui plaisent. Cela convient parfaitement à de nombreux parents puisque l’enfant hypnotisé par le petit écran arrête de « déranger » les parents qui veulent librement vaquer à des occupations plus importantes que leurs enfants. Parfois, c’est la mère qui demande à sa fille de lui raconter les scènes (souvent érotiques) d’une série télé qu’elle n’a pas regardée. Tout en fustigeant le comportement de nos enfants, il me paraît honnête d’associer ce type de parents à nos élèves afin qu’ils partagent les mêmes réprimandes que leurs enfants.

Lorsqu’un enfant n’est pas dans sa maison, il est naturel de le retrouver dehors et souvent très loin de chez lui. Comment expliquer la présence d’un mineur à un carrefour ou assis chez l’épicier du coin à 21 heures, 22 heures, voire 23 heures ? Que vous soyez au rond-point de Nzeng-Ayong, Awendjé, aux Charbonnages ou IAI, vous trouvez des jeunes qui semblent prendre l’air et qui en profitent pour détrousser du regard les jupettes des jeunes passantes qui paraissent également profiter de la fraîcheur nocturne. Que font ces gosses en dehors de leur maison à une heure aussi tardive ? Vivent-ils seuls ? Ne sont-ils pas gardés par des parents ? La réalité est bien triste, car ces adolescents vivent avec des adultes qui permettent à leurs enfants de flâner en dehors du domicile familial à des heures tardives. Nous devons aussi taper sur les doigts de ces parents inconscients qui n’oublient pas de crier comme les autres à l’indignation.

Un élève, c’est avant tout une vie scolaire. Examinons la vie de l’élève gabonais, ce bouc émissaire d’une société en déliquescence. Les adultes sont-ils exemplaires quand il s’agit du milieu scolaire de nos enfants ? On reproche à la jeunesse de tricher en classe et d’aimer la facilité. Pourtant, un élève me dit un jour : « les politiciens trichent aux élections. Nous, on suit seulement. » La question n’est pas de savoir si les politiciens trichent ou non, mais de relever le message perçu par la jeunesse face à l’élite politique gabonaise constituée d’adultes. Si les enfants pensent que nous trichons, et si cela est vrai, est-on en droit de leur jeter la première pierre ? Sommes-nous exemplaires dans le milieu politique ?

Restons dans le milieu scolaire. On a longuement parlé des « placements » en milieu scolaire. De jeunes filles sont prises dans les lycées ou des collèges, puis livrées pour quelques billets de FCFA à des adultes qui assouvissent leurs pulsions libidinales. Combien de procès ont permis de stopper tous ces adultes qui dépravent la jeunesse gabonaise ? Où sont les chiffres ?

On a souvent parlé des notes sexuellement transmissibles et des élèves engrossées par leurs enseignants. Qui sont ces enseignants ? Encore des adultes. Oui. Ce sont les adultes qui entraînent parfois les collégiens et les lycéens dans le gouffre de l’immoralité. Il faut ajouter à cela les véhicules qui embarquent et débarquent de jeunes élèves devant les portails des lycées ou collèges, et qui gonflent le chiffre d’affaires des motels de Libreville. Ces adultes font également partie des super-indignés qui dénoncent le comportement de nos élèves. Ils se gardent bien de balayer devant leurs portes.

Dans les bars de la capitale gabonaise, ces jeunes sont souvent servis par des adultes viscéralement mercantiles. Ils ne proposent pas que du soda.

Que voient ces enfants quand ils montent dans un taxi ? Ils observent un policier ou un gendarme qui retire 1000 FCFA du dossier tendu par le taximan interpellé. Une vidéo montrant des agents des forces de l’ordre en train de compter les billets du fameux pactole a circulé sur la toile. Que disent certains clients quand le chauffeur s’attarde au poste de contrôle ? Ils disent : « Qu’est-ce que le chauffeur fait ? Je suis pressé. Qu’est-ce qu’il attend pour donner les 1000 francs ? Les autres ont donné. Il veut prouver quoi ? S’il ne vient pas tout de suite, je prends un autre taxi. » Voilà ce que nos jeunes élèves vivent dans les taxis. Ces jeunes sur qui vous crachez. Voilà le prix de la loi dans nos rues : 1000 FCFA. Je ne parle même pas des grossièretés vivement chantées par certains agents dans les rues de nos villes pendant leur jogging (footing) : « Marie-Jeanne, oh yayo… » Voilà ce que nos enfants écoutent parfois dans nos charmantes ruelles. Il s’agit une fois encore d’adultes.

Revenons au lycée. Combien de parents répondent aux convocations de l’administration ? Combien de parents demandent aux enseignants d’« aider » leurs enfants à passer en classe supérieure ou à obtenir frauduleusement un diplôme ? Pourquoi voulez-vous que l’élève étudie quand ses parents peuvent acheter sa réussite scolaire ? Voici un bel exemple du comportement des adultes qui mérite aussi l’indignation nationale. Ces mêmes adultes qui s’indignent hypocritement devant les dépravations de leurs gamins.

Il est important que tous ceux qui condamnent ces élèves – qui méritent incontestablement le blâme – fassent une rétrospection. Qu’ils commencent par condamner les mauvais comportements des adultes avec la dernière énergie. L’exemple est le meilleur des enseignants. Un père de famille qui découche et qui reproche à sa fille de quinze ans de rapporter une grossesse à la maison est ridicule. Il en est de même pour le père de famille qui insulte et bat régulièrement sa femme, mais qui reproche à son fils une exclusion du lycée pour bagarre à l’arme blanche. Il n’y a pas de doute que beaucoup d’adolescents se comportent très mal. Il faut cependant rester juste et avouer – même si cela est un peu gênant – que ce sont les adultes qui montrent le mauvais exemple.

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La dépravation des mœurs par les élèves dans les lycées et les collèges du Gabon : « Les adultes sont-ils des exemples ? »

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Steci MEBA 03/03/2021 02:45

Très bel article qui présente véritablement à la société qui est le vrai responsable de la situation actuelle de notre jeunesse.

tiekoadriana528@gmail.com 18/02/2021 20:54

J'ai bien aimé cet article car ya beaucoup de choses qui sont tabous là dedans