Publié par Arnaud N'zassy

 

Le rôle de la superstition dans la construction du récit de Francis Bebey : Le Fils d’Agatha Moudio

Par Arnaud N’zassy

Sujet : A partir des cinq textes proposés, déterminez l’influence de la superstition dans le récit de Francis Bebey : Le fils d’Agatha Moudio. Montrez comment la superstition influence les décisions des personnages et la progression du récit.

 

Le Fils d'Agatha Moudio - Francis Bebey

Texte 1

- Tu ne vas tout de même pas me chasser de chez toi sous une pluie pareille, me répondit Agatha en feignant la plus complète innocence.

- Non, bien sûr que non, dis-je, en lui jetant un coup d’œil qui en disait long : j’étais sûr que c’était elle qui faisait pleuvoir afin d’empêcher le village de s’inquiéter de sa présence chez moi. Maintenant, il n’y avait aucun danger que Maa Médi, qui habitait deux maison derrière la mienne, vint remarquer d’elle-même qu’Agatha était chez moi.

Francis Bebey, Le Fils d’Agatha Moudio, Yaoundé, Editions Clé, 2011, p. 18.

 

Texte 2

Je compris : j’étais au carrefour des temps anciens et modernes. Je devais choisir en toute liberté ce que je voulais faire, ou laisser faire. Liberté toute théorique, d’ailleurs, car les anciens savaient que je ne pouvais pas choisir de me passer d’eux, à moins de décider ipso facto d’aller vivre ailleurs, hors de ce village où tout marchait selon des règles séculaires, malgré l’entrée d’une autre forme de civilisation qui s’était manifestée, notamment, par l’installation de cette borne-fontaine que vous connaissez. Et puis, comment osez dire à ces gens graves et décidés, que je voulais me passer d’eux ? Je vous dis qu’il y avait là, entre autre personne, Eya, le terrible sorcier, le mari de la mère Mauvais-Regard. Dire à tout le monde présent que je refusais leur médiation, c’était presque sûrement signer mon arrêt de mort. Tout le monde, chez nous, avait une peur terrible d’Eya, cet homme aux yeux rouges comme des piments mûrs, dont disait qu’il avait déjà supprimé un certain nombre de personnes. Et malgré ma force qui entrait peu à peu dans la légende des lutteurs doualas, moi aussi j’avais peur d’Eya.

Francis Bebey, Le Fils d’Agatha Moudio, Yaoundé, Editions Clé, 2011, pp. 60-61.

 

Texte 3

- C’est bien, fils, dit le chef Mbaka. Voilà la réponse que nous attendions de notre fils le plus digne, et nous te remercions de la confiance que tu nous accordes de ton plein gré. Maintenant, tu vas tout savoir : dès demain, nous irons « frapper à la porte » de Tanga, pour sa fille Fanny… Esprit, toi qui nous voit et qui nous écoute, entends-tu ce que je dis ? Je répète que nous irons demain frapper à la porte de Tanga pour lui demander la main de sa fille pour notre fils La Loi, comme tu l’as ordonné toi-même avant de nous quitter. Si tu n’es pas d’accord avec nous, manifeste-toi d’une manière ou d’une autre, et nous modifierons aussitôt nos plans…

Il parla ainsi à l’esprit de mon père, qui était présent dans cette pièce, et nous attendîmes une manifestation éventuelle, pendant quelques secondes. Elle ne vint point ; rien ne bougea dans la pièce, ni le battant de la porte, ni l’unique fenêtre avare de lumière, et qui s’ouvrait par une petite natte de rectangulaire de raphia tressé ; nous n’entendîmes rien, même pas de pas sur le sol frais de terre battue. Rien : mon père nous donnait carte blanche.

Francis Bebey, Le Fils d’Agatha Moudio, Yaoundé, Editions Clé, 2011, pp. 62-63.

 

Texte 4

Dicky était de plus en plus sidéré. Le soir tombait. L’heure du fantastique et du magique approchait, encore hâtée sous cet oranger par l’étrange histoire du roi.

- Tu vois ma veste ? Tu vois, c’est cette veste que la grenouille dont je te parle est sortie. Or, regarde donc autour de toi… Il n’y a rien ici, qui puisse faire croire qu’une grenouille viendrait habiter aussi loin de la rivière. De plus, l’herbe est rase, et s’il y avait eu une grenouille avant l’événement que je te raconte, je l’aurais sûrement vue, et je l’aurais empêchée de se faufiler dans ma veste. Or, tout à l’heure, je viens prendre ma veste, et voilà que je sens quelque chose de froid à l’intérieur. Je rejette ma veste par terre, et que vois-je sortir du manche ?

- Une grenouille ?

- Oui, une grenouille… mais une de celles que je ne te souhaiterais jamais de rencontrer une seule fois dans ta vie… Une grosse grenouille toute noire, qui se tourne vers moi en sortant de ma veste, s’arrête, me regarde fixement, et se met à s’allonger, à s’allonger, tout en changeant de tête. Et à la fin, elle a tellement changé que son visage a tous les traits d’un véritable visage d’homme… un visage que toi et moi connaissons bien. Et c’est alors que la grenouille ouvre la bouche pour me dire à qui elle appartient ; mais je te dis que c’était inutile, car à son visage, on pouvait tout de suite le deviner : on n’a jamais vu pareille ressemblance… […] Si tu racontes mon étrange aventure à quelqu’un, n’oublie pas de d’ajouter que la grenouille a parlé, elle-même, pour se réclamer de Gros-Cœur. Ces grenouilles sorcières, il faut leur reconnaître toutes les facultés qui en font des animaux surnaturels.

 Francis Bebey, Le Fils d’Agatha Moudio, Yaoundé, Editions Clé, 2011, pp. 106-108.

 

Texte 5

Depuis la mort de Dicky, nous étions tous convaincus que l’oncle Gros-Cœur était un sorcier redoutable, et nous le redoutions comme il se devait. La vérité est qu’un village de chez nous a toujours besoin d’un homme à redouter, qui soit enfermé des pieds à la tête dans le secret de la magie noire. Or vous savez qu’Eya, le mari de la mère Mauvais-Regard, était en prison, lui que tout le monde craignait autrefois. Il fallait donc nécessairement quelqu’un pour le remplacer, et l’oncle Gros-Cœur était tout indiqué pour cela. Heureusement, il se contentait seulement de dire qu’il allait partir de « ce maudit village », mais il ne s’en allait guère. Heureusement, dis-je, car sinon, nous aurions été obligés de considérer le roi Salomon comme un sorcier de premier ordre. Cela, je l’avoue, eût fait de la peine à tout le monde chez nous, car en réalité, le roi bâtisseur d’histoires tragiques n’avait guère la tête d’un magicien.

Francis Bebey, Le Fils d’Agatha Moudio, Yaoundé, Editions Clé, 2011, pp. 118-119

 

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